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Le Japon ferme son dernier réacteur, la fin de l’énergie nucléaire ?

Kawasaki

05 mai 2012

11 mars 2011, A la une, Actualité

Commentaire

Le Japon ferme son dernier réacteur nucléaire pour maintenance ce dimanche, un an après avoir été frappé par la crise nucléaire de Fukushima. Si le pays parvient à passer l’été sans problèmes majeurs d’électricité, les producteurs d’énergie nucléaire craignent que les réacteurs resteront éteint pour de bon.

L’été étant la saison avec le plus haut taux de consommation d’énergie au Japon, il est quasi certain que si le pays s’en sort sans pannes majeures, peu de gens souhaiteront rallumer les réacteurs.

Selon Andrew DeWit, professeur spécialisé dans les politiques d’énergie à la Rikkyo University de Tokyo, il pourrait bien s’agir de la fin de l’énergie nucléaire. Les arguments des pro-nucléaire se trouveraient fortement affaiblis si l’été se passe sans problème. « Ils n’ont pas les sondages de leur côté, et si ces arguments sont démontrés faux par la pratique, je ne vois pas comment ils feront pour persuader l’opinion », a expliqué le professeur à Reuters.

Sortir du nucléaire, une option coûteuse selon le gouvernement

Un an après la catastrophe, le niveau de confiance du peuple japonais envers l’industrie nucléaire est tellement bas que le gouvernement lutte pour essayer d’adopter des solutions alternatives. Malgré cela, il insiste sur le fait qu’après trois décennies prolifiques pour l’économie, celle-ci souffre pour la première fois d’un déficit dû aux milliards dépensés par les géants (Sony, Toyota, Canon) en import de gaz et de pétrole.

Selon le gouvernement, il s’agit là d’une preuve qu’un futur sans énergie nucléaire se révèlerait particulièrement coûteux.

Kan, premier ministre lors de la crise, avait annoncé vouloir sortir du nucléaire. Le premier ministre actuel, Yoshihiko Noda, a adouci les propos de Kan, estimant que le Japon ne peut pas se permettre d’abandonner l’énergie nucléaire malgré le fait qu’il s’agisse de la meilleure solution.

Pour autant, le gouvernement n’a pas d’agenda précis sur le retour du nucléaire tant l’opinion publique est réticente à ce sujet. Selon un sondage de l’agence Kyodo, 60% de l’opinion publique est contre le redémarrage de deux réacteurs de Kansai Electric Power Co dans l’ouest du Japon.

Le redémarrage des réacteurs promet donc d’être une longue bataille pour les dirigeants, bataille qui ne se gagnera pas sans réussir à convaincre l’opinion de la sécurité des centrales, ce qui est impossible.

Comme l’explique Bob Geller, professeur de géophysique de l’université de Tokyo, « il faut recentrer le débat. Le gouvernement doit être honnête et expliquer qu’ils admettent que les centrales ne seront jamais parfaitement sûres mais qu’ils ont fait des évaluations précises des risques et qu’ils les rendront publique !

Une décision délicate

Pour la plupart des analystes, si le Japon, déjà affaibli par des années de déflation, ne redémarre pas ses réacteurs, il peut s’attendre à souffrir d’avantage dans les années à venir puisque c’est l’énergie nucléaire qui a permis au Japon de devenir une économie forte.

Takeo Kikkawa, professeur à l’université d’Hitotsubashi, explique que « ce n’est pas une option envisageable pour le Japon. Il y aura moins d’emplois, plus de dépenses en import d’énergie, et l’économie se trouvera sur une pente descendante. » Les imports en gaz liquide ont augmentés de 18% en volume et de 52% en valeur, soit environ 51 milliards d’euro.

Takashi Kawamura, le PDG d’Hitachi Ltd, explique « que si nous continuons à importer ces ressources, notre pays va s’écrouler. [Lorsqu’il a fallu faire décoller l’économie japonaise] nous avions décidé qu’il nous fallait un nouveau plan énergétique et nous avions conclus qu’il devait s’agir d’énergie nucléaire. Maintenant, nous annulons tout cela. »

L’énergie renouvelable ne peut pas être considérée comme salvatrice non plus pour le moment puisqu’elle ne compte que pour 10% de la production d’énergie au Japon, la plupart provenant de barrages hydro-électriques. L’énergie solaire et éolienne ne compte que pour 1%.

Cette décision de sortir ou non du nucléaire est donc une décision délicate à prendre… Et si une partie de l’opinion publique est décidée à sortir du nucléaire, l’autre partie n’oublie pas que du côté du gouvernement comme du côté des écologistes, les idéologies circulent aussi vite que les mensonges et les promesses…

Au final, une grande partie des habitants de l’archipel se retrouve perdue sachant d’un côté que l’énergie nucléaire ne sera jamais sûre mais qu’en sortir aussi brutalement pourra faire plonger le pays dans une longue crise financière…

Source : Reuters, AFP, Wallstreet Journal

A propos de Marc

Passionné par la culture japonaise depuis son plus jeune âge, Marc Tunguz est le fondateur de Japan Addiction Network, un ensemble de sites destinés à promouvoir la culture japonaise dans les pays francophones.
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