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Les mutations des papillons de Fukushima, de fausses conclusions !

papillon

16 août 2012

11 mars 2011, Actualité

Commentaire

Une des grosses difficultés lorsque l’on est rédacteur web se situe au niveau de la véracité de l’information, de la vérification de faits. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de sujets sensationnalistes, comme par exemple les catastrophes nucléaires.

Je ne suis pourtant pas du genre à gober les dizaines d’articles publiés par des adorateurs de la fin du monde ou autres conspirationnistes sur la catastrophe de Fukushima. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que le Japon est une terre détruite et dâmnée pour les trois prochains millénaires. Et pourtant… je me suis fait avoir sur cet article, relayé par l’entièreté de la presse mondiale avec pour titre : Les mutations des papillons de Fukushima.

Heureusement, quelqu’un d’autre a fait le travail que j’aurais dû faire, et visiblement certains gros média (The Times) corrigent également leurs version (mais c’est loin d’être une généralité). Alors certes, cette analyse vient d’un site apparemment pro nucléaire, toujours est-il qu’il ne fait que pointer du doigt les défauts, les erreurs et la mauvaise foi de l’enquête initiale. Aucune propagande nucléaire là dedans.

En espérant que cette analyse des résultats soit tout autant partagée et lue que la version « officielle » !

Les problèmes de l’enquête

1. L’environnement naturel : chaque endroit contient un certain niveau de radiation. L’enquête ne fourni aucun détail sur la radiation des endroits choisis pour récolter les papillons (origine, explication, …).

2. La taille de l’échantillon : en regardant les résultats de l’enquête, on peut voir que 20% des femelles de Fukushima de la première génération souffrent de mutations au niveau des ailes. Cela a l’air énorme mais ils omettent de dire que l’échantillon contient seulement 5 femelles… En d’autre terme, 1 femelle sur 5 présente des mutations. Autant dire qu’avec un échantillon aussi réduit, aucune déduction ne peut être faite…

Plus fort encore, les niveaux de radiations à Fukushima étaient entre 1/3 et 1/2 fois plus bas que sur deux autres sites utilisés pour prendre des échantillons et où le taux de mutation des ailes est de… zéro ! Les dégats sur les ailes ne dépendent donc pas d’un pourcentage d’exposition à la radioactivité.

Voici donc ce que dit le rapport réellement, en se passant des commentaires biaisés des chercheurs :

Un papillon de Fukushima présente une mutation des ailes mais aucune mutation n’a été observée sur aucun autre papillon collecté dans des zones avec une radioactivité plus élevée.

3. Mélanger les pommes et les oranges. Les données prises en mai et en septembre ne montrent aucune corrélation entre mutation et niveau de radiation. Les chercheurs décident alors de baser cela sur la distance entre la centrale nucléaire et les échantillons. Le problème, c’est qu’en expliquant le fait que leurs données n’ont rien avoir avec le taux de radiation, cela détruit totalement les autres résultats de l’enquête qui disent qu’il y en a…

Les chercheurs précisent que la distance semble jouer un rôle sur leur tout petit échantillon. Ceci dit, d’autres problèmes environnementaux pourraient être liés à cette mutation… Il ne prennent pour autant pas le temps de le vérifier.

Voici un tableau avec les résultats de l’enquête pour la première génération ! Rien qu’en regardant celui-ci, on remarque que l’enquête ne vaut même pas le coup d’être suivie ! Une seule femelle pour Shiroishi ? Sérieusement ?

Mutations chez les femelles de la première génération

# de femelles

Niveau de radiation dans le sol

μSv/hr

Moyenne du niveau de radiation dans le sol

μSv/hr

taux de mutation

(%)

Shiroishi

1

0.32

0.32

24

Fukushima

5

1.13, 1.25

1.19

44

Motomiya

2

3.0, 2.7

2.85

49

Hirono

5

1.3

1.3

57

Iwaki

6

0.46, 0.6

0.53

65

Takahagi

5

0.3, 0.4

0.35

35

Mito

2

0.18, 0.14

0.16

37

Tsukuba

5

0.16, 0.15, 0.17, 0.16

0.16

39

 

Parmi les 5 femelles de Fukushima, 44% souffrent de mutations avec un taux de radiation de 1,19 μSv/hr ! C’est énorme ! Mais s’il y a vraiment un lien avec le taux de radiation émis par Fukushima, pourquoi parmi les 6 femelles d’Iwaki, 65% souffrent de mutations alors que le niveau moyen de radiation est de 0,53 ? 

L’étude parait donc clairement manquer de sérieux… Ajoutez à cela que pour la seconde génération, les chercheurs ont changé le lieu de collecte à Fukushima afin d’avoir une plus forte exposition à la radioactivité, et vous vous retrouvez avec un rapport qui ne veut plus dire grand chose… D’autant plus que les chercheurs ont simplement mixé les deux résultats pour obtenir une plus belle courbe. Une bonne étude aurait présenté les deux schéma puisque les données environnementales sont différentes. Ici, non, on mélange les deux et on ne le précise même pas en commentaire…

4. Finalement, les chercheurs prétendent que le taux de radiation a fortement impacté la seconde génération. Voici donc un tableau qui montre les différentes données du rapport :

 

Mutation/Total Mai 2011 Collecte

% mai 2011 Collecte

Niveau de radiation
Mai 2011 microSv/hr

Mutation/Total Sept 2011 Collecte

% Sept 2011 Collecte

Niveau de radiation
sept 2011 microSv/hr

Fukushima

46/239

19%

1.13, 1.25

149/216

69%

0.71, 2.43*

Tsukuba

28/96

29%

0.15, 0.16, 0.17

0.18

Takahagi

18/166

11%

0.3, 0.42

131/240

55%

0.24

Iwaki

57/233

25%

0.46, 0.63

69/109

63%

0.40, 0.42

Kobe (596 km de la centrale; radiation Oct 2011)

43/86

50%

0.08

 

Que faire du cas de Kobe, qui présente 50% de mutants pour un taux de radiation complètement insignifiant ?

Voilà donc l’exemple type d’une étude baclée, voulant à tout prix démontrer les méfaits de la catastrophe de Fukushima. Bien entendu, les médias ont foncé les yeux fermés dans l’histoire (et je fais partie de ceux-là). A vous de vous faire votre propre idée. A retenir simplement que la majeure partie des titres sensationnalistes venant de Fukushima ne sont basés sur rien d’autre que du vent ou des études bancales comme celle-ci.

Notons finalement, comme de nombreuses critiques japonaises sur l’étude le mentionnent, que lors du Tsunami, beaucoup d’usines ont été touchées, lachant dans la nature pesticides, agents chimiques, détritus, et dieu sait quoi d’autres.

Finalement, cette enquête ne fait que supposer que quelques individus, issus d’un minuscule échantillon, présentent des mutations à cause de la centrale de Fukushima sans pouvoir le prouver et en balayant tout autre agent environnemental qui aurait pu avoir un impact. Rien de plus que de la science à des buts de propagande…

Source : nuclear diner, Nature

 

A propos de Marc

Passionné par la culture japonaise depuis son plus jeune âge, Marc Tunguz est le fondateur de Japan Addiction Network, un ensemble de sites destinés à promouvoir la culture japonaise dans les pays francophones.
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